Anne EVEN, mai 2009
« L’art n’est pas clair, à l’image de l’homme, mêlé de concept et de sensible. » Eric Madeleine, conférence « D’un territoire, l’autre » ESAG Grenoble 2006.
Engagée dans une recherche que je définis «d’anthropographie» des corps, je porte un intéret tout particulier pour les questions touchant à l’identité et à l’uniformisation de la pensée. Je suis fascinée par notre relation physique à l’espace. En coudre et découdre les normes, les standards, en dégager une présence singulière ou s’ancre l’identité pour devenir portrait. Gestes et postures font évênements et langage. Si l’anthropologie sociale s’intéresse entre autre à l’étude de la parenté, de la politique et de l’organisation sociale des individus, mes recherches s’emparent de contextes politiques ou intimes pour interroger la présence plastique d’un sujet soumis à un certain enrégimentement de la sensibilité.
N’est ce pas à l’intérieur des dispositifs de «pouvoir» dans lesquels nous vivons que nous nous constituons et que nous les dépassons ? Dès lors ma démarche serait, de capturer la dimension «sensible», de certains dispositifs de «pouvoir» (discipliner, contrôler c’est apprendre à faire sentir d’une certaine manière), pour produire des effets esthétiques nouveaux. Il s’agit alors de pratiquer l’art de manière «pensive» pour reprendre un terme cher à Roland Barthes, non comme un geste héroïque, et pas même sur le mode de la dénonciation, mais plutôt sous le principe d’une petite guérilla de l’esprit, qui s’appuie sur une forme de poïétique.
Mon travail est pour beaucoup lié à la pratique de la photographie. Attirée par les visages qui dénotent, la gestuelle des silhouettes, j’ai fait du corps ma matière photographique. Les influences théoriques guident souvent l’idée.
L’aspect formel des pièces est d’avantage nourrit par mon parcours scientifique et par l’univers rural de mon enfance, par ses machines, les hangars bardés de foin, les élevages hors-sol et les champs transformés en openfield. C’est aussi je crois ce qui configure le point d’ancrage de mes recherches : l’interstice, la mesure, le rapport de l’homme au paysage.
Comme l’observe Stefano Boeri, nos sociétés ne sont pas aussi lisses qu’elles le laissent paraître, leur traversée rencontre une certaine rugosité. Les frontières, et autres barrières derrière lesquelles s’opère la surveillance des individus, s’accompagnent d’une certaine forme de rétention. L’étendue des réseaux de circulation est étroitement liée à la question de l’identification des individus. C’est un peu cette rétention qui est exercée dans les ensembles Génome et Isos, en créant un dispositif «normatif» et en reconsidérant les modes de représentation de la photographie de style documentaire comme révélateur d’une certaine réalité sociétale. Ces portraits s’inscrivent dans la lignée des portraits photographiques de Thomas Ruff, de Rineke Dijkstra, et plus récemment ceux de Valérie Belin qui ont fait de l’identité une problématique face à l’inquiétude de voir émerger un modèle unique faisant fi des particularités de l’identité individuelle.
Ce sont des objets ou sculptures créés pour le «dispositif photographique». Ils modèlent la construction de l’image. En cela ils sont proches des installations de Philippe Ramette bien que le contenu soit différent. Les objets-chose, ou objets photographiques selon l’idée Tosanienne, nourrissent une réflexion sur les contraintes qu’ils imposent aux individus pour la photographie. A partir de là, le processus photographique va consister en la production d’un ensemble d’images, l’objet se déplace et «contamine» différents lieux. Les objets trouvent ensuite leur autonomie dans le dispositif de monstration, ils prennent alors le statut de révélateur vis à vis de l’image.
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Banc démocratique, ensemble en bois peint démontable, 220X40X75 cm 2008 |
Indicatrice, ensemble en bois peint démontable, 175X55X75 cm 2008 |